Formation professionnelle : comment l’Union européenne agit pour les compétences de demain ?
À l’occasion de la Journée de l’Europe qui s’est déroulée le 9 mai, Co&Sens fait le point sur le rôle clé de l’Union européenne (UE) dans la formation et la certification professionnelle.
Entre innovations, financements et nouvelles stratégies, comment l’Europe soutient-elle les acteurs français ?
L’UE propose un cadre et des financements permettant la mise en œuvre de dispositifs emploi – formation (Erasmus+, Pacte pour les Compétences, FSE+, etc.). La politique européenne est essentielle pour le développement de projets innovants et pour l’anticipation des évolutions des métiers face aux défis de la transition écologique, numérique et de la compétitivité économique.
À l’occasion du 9 mai, l’UE met en avant ses réalisations en matière de compétences avec :
- Le premier anniversaire de l’Union des Compétences : Un bilan positif avec des actions concrètes pour les travailleurs et les entreprises.
- Le lancement de nouvelles initiatives : comme la Stratégie européenne pour l’enseignement et la formation professionnels (EFP) visant à moderniser les filières techniques ou encore le plan d’action pour les compétences de base (littératie, numérique) ciblant les jeunes et les adultes en difficulté.
- Le Renforcement de certains dispositifs : avec les académies européennes des compétences (Net-Zero Industry Academies pour les énergies renouvelables par exemple).
Le saviez-vous ?
La Journée de l’Europe (9 mai) commémore la Déclaration Schuman (1950), fondatrice de la construction européenne.
Quel est le rôle de l’Union européenne dans la formation professionnelle ?
L’Union européenne ne dispose pas d’une compétence exclusive en matière de formation professionnelle. Chaque État membre conserve sa souveraineté dans ce domaine.
Pour autant, son rôle de coordination, de financement et d’impulsion reste déterminant.
Grâce à des recommandations, des fonds dédiés et des partenariats, elle influence profondément les politiques nationales, y compris en France.
En 2026, l’Union européenne confirme son engagement en faveur de la formation professionnelle et de la montée en compétences avec des priorités claires : renforcer les compétences des citoyens, anticiper les besoins des entreprises et sécuriser l’emploi.
Ces enjeux répondent aux constats suivants :
- Un adulte sur cinq a des difficultés à lire et à écrire
- Un jeune de 15 ans sur 4 a un niveau insuffisant en lecture, en mathématiques et en sciences
- Près de quatre PME sur cinq dans l’UE ne parviennent pas à trouver les talents dont elles ont besoin
Union des Compétences : une stratégie européenne pour la formation professionnelle
En mars 2025, la Commission européenne lance l’Union des compétences. Il s’agit d’un plan visant à améliorer la qualité de l’éducation, de la formation et de l’apprentissage tout au long de la vie. Il s’inscrit dans une démarche d’attractivité du territoire européen, permettant d’attirer, de développer et de retenir les talents.
Dans un contexte où les façons de travailler évoluent rapidement, il s’agit de permettre aux citoyens d’actualiser leurs compétences, mais aussi d’en acquérir de nouvelles.
L’Union européenne cherche alors à :
- Élever le niveau des compétences de base (lecture, mathématiques, numérique) et avancées (STIM*, transition écologique).
- Faciliter la mobilité des travailleurs dans l’UE, via la transférabilité des qualifications et la reconnaissance des diplômes.
- Attirer et retenir les talents en Europe, notamment dans les secteurs stratégiques (technologies propres, santé, numérique).
*science, technologie, ingénierie et mathématiques
Un an après son adoption, le bilan est positif avec plusieurs actions mises en œuvre pour soutenir les travailleurs, les entreprises et les systèmes éducatifs.
Pacte pour les Compétences : adapter la formation professionnelle aux besoins du marché
Le Pacte pour les Compétences, ou Pact for Skills, constitue l’un des dispositifs majeurs de la stratégie européenne.
Son objectif est d’aligner les formations sur les besoins du marché du travail.
Il concerne l’ensemble des secteurs stratégiques de l’Union européenne, en particulier les filières vertes et numériques.
Le Pacte pour les Compétences réunit environ 4 000 membres signataires et 20 partenariats sectoriels.
Parmi eux figurent près de 700 acteurs français :
- entreprises ;
- branches professionnelles ;
- OPCO ;
- Régions ;
- centres de formation ;
- partenaires institutionnels.
Ce dispositif favorise la coopération entre acteurs publics et privés.
Financé notamment par les fonds européens, comme le FSE+ et Erasmus+, le Pacte porte un engagement collectif fort.
Il doit permettre de former 6 millions de personnes en France d’ici 2030 (via l’alternance, les reconversions…).
Garantie Compétences : accompagner les reconversions professionnelles en Europe
Dotée d’un budget de 14,5 millions d’euros (issu du FSE), la garantie compétence vise à offrir des formations de reconversion aux salariés menacés par le chômage.
Elle cible donc en priorité les travailleurs des secteurs en mutation (ex. : automobile, énergie…).
Cette initiative a inspiré les dispositifs français de reconversion professionnelle, comme le Projet de Transition Professionnelle (PTP) ou les actions de formation ciblées pour les secteurs en tension.
Certifications professionnelles et Union européenne : vers une meilleure reconnaissance des compétences
L’Union européenne ne délivre pas directement de certifications professionnelles.
Ce sont les États membres qui définissent leurs certifications nationales. En France, cela concerne notamment les certifications enregistrées au RNCP ou au Répertoire spécifique.
Cependant, l’Union européenne joue un rôle important dans la lisibilité et la reconnaissance des compétences.
Les micro-certifications, un levier de flexibilité
L’Union européenne a réaffirmé l’intérêt des micro-certifications.
Celles-ci permettent de découper les parcours en compétences unitaires. Elles facilitent ainsi l’accès à la formation et la mobilité professionnelle.
Les micro-certifications répondent aussi aux besoins des entreprises en compétences ciblées.
Elles peuvent concerner, par exemple :
- la transition écologique ;
- l’intelligence artificielle ;
- la cybersécurité ;
- les compétences numériques ;
- les compétences transversales.
Le Cadre européen des certifications pour comparer les niveaux
Le Cadre européen des certifications, ou CEC, vise à soutenir la reconnaissance transfrontalière des certifications.
Chaque État membre doit référencer ses certifications nationales sur l’un des huit niveaux européens proposés.
Ce cadre facilite la comparaison des qualifications entre pays européens.
Il permet aussi aux employeurs, aux organismes de formation et aux candidats de mieux comprendre les niveaux de certification.
ESCO : un référentiel européen des métiers et compétences
Les compétences associées aux certifications peuvent être mises en lien avec l’ESCO : European Skills, Competences, Qualifications and Occupations.
Ce référentiel européen est une classification standardisée et multilingue de plus de 3 000 métiers et 13 000 compétences.
Initié il y a plus de 10 ans, l’édition 2026 a été enrichie avec de nouveaux métiers liés à la transition écologique et numérique (ex. Spécialiste en IA éthique, Technicien en Hydrogène Vert, Expert en Cybersécurité industrielle…).
Il est de plus en plus utilisé pour mettre en correspondance des métiers et des compétences (et donc potentiellement, des offres et des candidats), par différents acteurs et plateformes de l’emploi, comme l’outil ESCO Skills.
Concrètement pour les ressortissants européens, il est possible de s’appuyer sur l’ESCO pour présenter ses compétences via un CV Europass.
Destinée à améliorer la lisibilité des certifications et des compétences acquises, cette plateforme joue un rôle important dans la compréhension des parcours de formation et de certification à l’échelle européenne.
Actualité
La Commission européenne lance régulièrement des consultations, démontrant la proactivité des politiques européenne dans l’actualisation de ces outils et dispositifs clés.
- En décembre 2025, une première consultation visait la reconnaissance des compétences et des qualifications pour les travailleurs européens et les ressortissants de pays tiers.
- En mai 2026, une nouvelle consultation vise l’utilisation des suppléments au certificat Europass. Europass est financé et promu dans le cadre d’Erasmus+.
Source : France Compétences
Fonds européens pour la formation professionnelle : quels financements mobiliser ?
L’Union européenne soutient la formation professionnelle grâce à plusieurs programmes financiers.
Deux dispositifs occupent une place centrale : le FSE+ et Erasmus+.
FSE+ : le principal fonds européen pour l’emploi et la formation professionnelle
Le FSE est le principal instrument financier de l’UE permettant de soutenir les projets en matière d’emploi, d’inclusion sociale, de formation professionnelle et de lutte contre les exclusions.
Sur les 99 milliards alloués, la France dispose d’une enveloppe de 6,7 milliards (budget 2021 – 2027), avec comme priorité le financement des actions locales (emploi, inclusion, reconversion).
Il vise alors :
- La lutte contre le chômage des jeunes (via la Garantie Jeunesse, qui doit assurer une offre de formation, d’apprentissage ou de stage dans les 4 mois suivant la fin d’études ou la perte d’emploi des moins de 30 ans).
- Le soutien des NEET (jeunes ni en emploi, ni en étude, ni en formation).
- Le financement des formations dans les secteurs en tension (ex. : BTP, santé, numérique).
Les Régions, les OPCO et les branches professionnelles peuvent s’appuyer sur ce dispositif pour cofinancer des actions.
Ils doivent alors répondre aux appels à propositions lancés par la Commission européenne, qui sélectionne les initiatives éligibles.
Les projets retenus sont cofinancés par le FSE+ (jusqu’à 80 % du budget) et des fonds nationaux (ex. : budget des Régions ou de l’État).
Erasmus+ et la mobilité européenne
Programme phare de mobilité depuis plusieurs années, Erasmus+ facilite les échanges entre les centres de formation.
Avec un budget total de 23,4 milliards d’euros pour 2021-2027 (soit 80% de plus par rapport à la période précédente), ce programme finance les actions de mobilité et d’innovation éducative.
Il participe notamment au renforcement des compétences linguistiques ou encore à la création des académies européennes de compétences.
En 2026, de nouvelles bourses sont expérimentées pour les apprenants à partir du niveau 5 du Cadre Européen des Certifications (CEC), ciblant les filières STIM (science, technologie, ingénierie, mathématiques) et les métiers en tension.
Rappel
Le CEC évalue les acquis de l’apprentissage (et non la durée ou le type de formation), facilitant ainsi la mobilité professionnelle.
Si les États membres conservent la responsabilité de leurs politiques de formation, le droit européen joue un rôle de plus en plus structurant dans l’évolution de la formation professionnelle. À travers ses stratégies, ses financements et ses outils de reconnaissance des compétences, l’Union européenne contribue à accompagner les transformations des métiers et à répondre aux besoins des entreprises comme des salariés.
Pour les acteurs RH, les branches professionnelles et les organismes de formation, ces dispositifs représentent autant d’opportunités pour anticiper les évolutions des compétences et construire des réponses adaptées aux enjeux de demain.
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